Qui a peur de la mort ?

Bkk couverture qui a peur de la mort nnedi

4 5Avertissement : Violence

 

  • Auteure : Nnedi Okorafor
  • Pays : USA
  • Titre VO : Who Fears Death
  • Éditeur VO : DAW Hardcover
  • Sortie VO : 01/06/2010
  • Sortie VF : 05/10/2017
  • Traduction : Laurent Philibert-Caillat
  • Adaptation : En cours de développement pour HBO
  • Public : Tout Public
  • Formats Disponibles : Papier / Numérique

4e de Couverture

Dans une Afrique post-apocalyptique, la guerre continue de faire rage. Enfant du viol, rejetée par les siens du fait de sa peau et ses cheveux couleur de sable, Onyesonwu porte en elle autant de colère que d’espoir. Seule sa mère ne semble pas étonnée lorsqu’elle se met à développer les prémices d’une magie unique et puissante. 

Lors de l’un de ses voyages dans le monde des esprits, elle se rend compte qu’une terrible force cherche à lui nuire. Pour en triompher, elle devra affronter son destin, sa nature, la tradition et comprendre enfin le nom que sa mère lui a donné : Qui a peur de la mort.

La Critique de ChoupieS

Un ouvrage bien meilleur que je ne le pensais, privilégiant l’exploration de la conscience et de la condition humaine.

 

Résumé :

Qui a peur de la mort ? Tout le monde me direz-vous ? Ce n’est pourtant pas une question à laquelle toute personne répond par un oui affirmatif et inflexible. Ce n’est en l’occurrence pas le cas d’Onyesonwu. Cette jeune femme nous racontera comment elle est arrivée dans la terrible situation qui est la sienne. De sa conception dans la douleur et le sang à son périple pour éliminer une puissante force voulant sa mort, en passant par une enfance et une adolescence faite de préjugés et de rejets, Onyesonwu ne baissera jamais les bras. Comment le pourrait-elle, alors qu’elle est promise à de grandes choses, mais surtout quand son prénom a pour Bkk qui a peur de la mort nnedi okorafor image 1 village afriquesignification : « Qui a peur de la mort ? » ?

 

Avis Général :

  • Le Style d'écriture : 

La plume de Nnedi Okorafor est particulièrement fluide et adaptée au texte. Le style d’écriture se marie tellement bien à l’intrigue que je reconnais avoir des difficultés à en parler parce que rien ne m’a particulièrement plu ou déplu, pour la bonne et simple raison qu’il est exactement à sa place. Il est rapide quand il doit l’être, lent quand c’est nécessaire, intense quand on lui demande. Si je devais tout de même donner un mot pour le décrire, je choisirais : Adaptabilité. Pour moi, c’est réellement ce qui caractérise le mieux la plume de l’auteure.

 

  • L'intrigue : 

Au départ, quand j’ai commencé l’ouvrage, j’ai eu très peur. Pourquoi ? À 1/5e de l’histoire – qui correspond à environ 100 pages – il ne se passait pas grand-chose, Bkk qui a peur de la mort nnedi okorafor image 2 desertà part un bon nombre de scènes violentes et gores. Je me disais : « Mince ! Il me reste encore un peu plus de 400 pages. J’espère que l’histoire va enfin démarrer ».

L’entrée en matière est longue, mais en réalité l’auteure vient déjà de prendre le lecteur au piège. Quand on s’en rend compte, on est dans les 100 dernières pages du livre. L’intrigue est bien ficelée, jouant davantage sur le duo « Intensité/Introspection » que sur le couple « Action/Repos ». Quand on sait que l’on est dans une œuvre de type Dystopie, on se pose pas mal de questions, car on a peu l’habitude d’un tel mélange. Pour ma part, je n’en ai même jamais vraiment lu, la quasi-totalité de ce type d’ouvrage mise davantage sur l’action et quelques passages romantiques d’inspiration guimauve – désolée, mais c’est comme ça que j’identifie ce type de passages.

Ici, Nnedi Okorafor veut aller au-delà de cela en nous offrant une intrigue beaucoup plus riche sur les émotions, les relations, et les sentiments de ses personnages de manière générale. L’introspection est la pierre angulaire de ce livre, qui se base essentiellement sur l’instant présent. J’entends par-là que l’auteure réussit le tour de force de nous embarquer dans son histoire, au point où l’on ne pense même plus à tirer des plans sur la comète. On prend uniquement ce que l’on nous donne à l’instant T, sans en demander davantage. C’est ce qui m’a particulièrement frappé, car c’était une énorme prise de risque ; c’est vraiment la chose qui passe ou qui casse. Pour ma part, ça passe, car il y a tellement de choses à accueillir dans l’instant, qu’il serait indigeste d’en demander encore plus.

 

Bkk qui a peur de la mort nnedi okorafor image 3 masque tribal

  • L'univers :

J’ai parlé d’une grande richesse de l’intrigue et je dirai la même chose sur l’univers. Si la 4e de couverture ne mentionnait pas que l’on se trouve dans un monde post-apocalyptique, on ne le devinerait pas du tout.

La force de ce livre et une immense partie de son originalité tiennent dans le fait que l’action se situe en Afrique. Personnellement, je connais très peu ce continent – dans les grandes lignes seulement. De ce fait, tout le folklore encadrant l’histoire semble parfaitement coller avec l’idée que l’on se fait des anciennes croyances et traditions africaines. De temps à autre, il y a des indications révélant que l'on est dans un futur lointain, mais elles sont légères.

La richesse de cet univers se situe également autour des thèmes utilisés. Au début de ma lecture, je me suis dit que ce livre était une façon pour l’auteure d’aborder, de manière détournée, la question de la colonisation connue par le continent africain, avec les notions d’esclavage et de génocide ; mais au fil de la lecture, je me suis aperçue que cela allait bien au-delà de cela.

En effet, Nnedi Okorafor explore certes la colonisation et l’esclavage, mais pousse le sujet en mêlant cela à des croyances traditionnelles tenues de générations en génération. Elle y incorpore le débat sur le statut de la femme et de l’homme dans la société, ainsi que les sources pouvant mener à un conflit armé, quand les peuples perdent une partie de leur libre arbitre, en se laissant aveugler par leur haine de l’autre.

Les personnes, qui rechercheraient un univers post-apocalyptique classique, seraient bien Bkk qui a peur de la mort nnedi okorafor image 4 vautour en voldéçues, car on a davantage un retour à l’affection des rites traditionnels des peuples, ainsi qu'à une réflexion sur la vie et la mort.

 

  • Les Personnages :

Ils sont le maillon fort de l’œuvre puisque toute l’intrigue s’articule autour de leurs émotions, de leurs ressentis, ainsi que de leur façon d’envisager leur condition. On est davantage sur un plaidoyer basé sur la pensée humaine que sur l’action, au sens propre du terme, même si elle n’est bien évidemment pas totalement absente.

Onyesonwu est le personnage principal et c’est uniquement par sa vision que nous découvrons cette histoire. Elle incarne parfaitement bien la tendance générale des personnages. Elle possède une forte personnalité, complexe, pas toujours facile à cerner. Mais surtout, elle est loin de véhiculer les nombreux clichés de la plupart des héroïnes de dystopie, tout comme les autres personnages du livre. Et honnêtement, qu’est-ce que ça fait du bien.

 

En Bref : 

En bref, Qui a peur de la mort ? est une œuvre comportant bon nombre d’originalités. La plume de Nnedi Okorafor s’adapte pleinement au texte qu’elle nous offre, en s’adaptant au tempo de l’histoire ainsi qu’aux personnages. L’intrigue démarre lentement, mais happe le lecteur, sans même qu’il s’en rende compte. Elle contient une grosse prise de risque, car elle prend le pari de nous focaliser intégralement sur la page en cours de lecture et non sur des spéculations quant au dénouement final. Personnellement, je trouve que l’auteure a réussi son coup, car c’est un des aspects du livre qui m’a le plus marqué.Bkk qui a peur de la mort nnedi okorafor image 5 paysage africain

Cette sensation « d’instant présent » s’ancre d’autant plus que les personnages sont les pierres angulaires de l’ouvrage. Ainsi, les nombreux thèmes abordés dans le livre (colonisation, esclavage, tradition, place de la femme et de l’homme dans la société…) sont vus essentiellement par le biais de l’apport qu’ils véhiculent à la situation des protagonistes, ce qui met sur le devant de la scène l’introspection plus que toute autre chose.

Qui a peur de la mort ? gagne également en originalité, en plaçant son intrigue en Afrique, s’autorisant ainsi à jouer avec les nombreux axes culturels et mystiques que recèle ce continent bien mal connu. De ce fait, on assiste à une mise aux rebus de nombreux clichés véhiculés dans les œuvres post-apocalyptiques et dystopiques.

Aux personnes qui souhaiteraient sortir des sentiers battus de la dystopie, en oubliant certains clichés véhiculés par le genre, je recommande vivement cet ouvrage qui saura remplir à merveille cette mission.

Aux personnes qui souhaiteraient plonger dans les méandres de l’âme humaine, par le biais de la magie, des mythes et légendes, je recommande cet ouvrage, qui possède tout ce qu’il faut de côté-là.

 

Points Faibles Points Forts
  • Entrée en matière lente
  • Folklore parfois complexe
  • Plume adaptée au texte et aux personnages
  • Absence des clichés de la dystopie
  • Prise de risque dans l’intrigue
  • Richesses des thèmes
  • Personnages complexes.

 

 

Notation : 

Style Écriture : 9/10

Intrigue : 8.5/10

Originalité : 10/10

Univers : 10/10

Personnages : 9/10

Moyenne Globale : 9.3/10

Sources Illustrations :

Image 1 – Village africain : https://pixabay.com/fr/int%C3%A9ressant-village-culturel-1221420/

Image 2 – Désert : https://pixabay.com/fr/d%C3%A9sert-maroc-dune-de-sable-sec-1270345/

Image 3 – Masque africain : https://pixabay.com/fr/int%C3%A9ressant-village-culturel-1221404/

Image 4 – Vautour en vol : https://pixabay.com/fr/vautour-voler-sol-rapace-oiseau-2785815/

Image 5 – Paysage africain : https://pixabay.com/fr/afrique-coucher-de-soleil-safari-3002460/

 

Extraits

Extrait 1 :

Ma vie s’est effondrée quand j’avais seize ans. Papa est mort. Il avait le cœur solide, et pourtant il est mort. À cause de la chaleur et des fumées de son atelier de forgeron ? Rien ne pouvait le distraire de son travail, de son art. Il aimait faire plier le métal, le soumettre à sa volonté. Son travail n’avait jamais semblé que le rendre plus fort ; il était si heureux, dans son échoppe. Qu’est-ce qui a bien pu le tuer ? Aujourd’hui encore, je n’en suis pas sûre. J’espère que ça n’a aucun lien avec moi ou avec ce que j’ai pu faire alors.

Tout de suite après sa mort, ma mère était sortie de leur chambre en courant et pleurant et s’était jetée contre un mur. Je sus dès cet instant que j’allais changer. Que je ne pourrais jamais tout à fait contrôler le feu qui brûlait en moi. Ce jour-là, je devins une créature différente, pas tout à fait humaine. Tout ce qui s’est passé par la suite a commencé à ce moment.

La cérémonie se déroulait à la lisière de la ville, près des dunes. C’était midi et il faisait terriblement chaud. Son corps reposait sur un épais drap blanc, entouré de guirlandes de palmes tressées. Je m’agenouillai dans le sable, à côté de lui, pour lui adresser un dernier au revoir. Je n’oublierai jamais son visage. Il ne ressemblait plus à celui de Papa. La peau de Papa était d’un brun sombre, ses lèvres pleines. Ce visage-là avait les joues creuses, la bouche étroite, et la couleur gris-brun du papier. Son esprit était parti.

Ma nuque me démangeait. Mon voile blanc n’était qu’une maigre protection contre les regards ignorants et craintifs des autres. À cette époque, tout le monde me surveillait en permanence. Je serrai les dents. Autour de moi, les femmes étaient à genoux, pleuraient, criaient. Papa était aimé de tous, malgré le fait qu’il avait épousé ma mère, une femme affublée d’une fille telle que moi – une fille ewu.

 

Extrait 2 :

Tout en marchant, peu après avoir dépassé le bordel, je fus envahie par une vague de colère. Les anormaux se retrouvaient toujours à servir les gens normaux. Si vous refusiez, ils vous haïssaient…Et bien souvent, ils vous haïssaient même si vous les serviez. Comme ces filles et ces femmes ewus. Comme Fanta et Nuuma. Come Mwita et moi.

Une fois de plus, je songeai que ce qui m’attendait dans l’Ouest ne pouvait qu’impliquer de la violence, quoi qu’il se passe. Malgré ce que Mwita disait et croyait. Regardez la manière dont il avait réagi en voyant Daib. C’était une réalité. J’étais ewu, qui allait m’écouter sans la menace ou la violence ? Comme ces gens répugnants, devant la taverne ; ils n’avaient daigné me prêter l’oreille qu’à partir du moment où ils avaient eu peur de moi.

Les Éditions

Broché

  • Éditeur : ActuSF
  • Date de Publication : 05/10/2017
  • Format : 140 x 200 mm
  • Nombres de pages : 400
  • ISBN : 978-2-36629-854-3
  • Prix : 16.00 €

Numérique

  • Éditeur : ActuSF
  • Date de Publication : 05/10/2017
  • Format : Apub / PDF / Mobi
  • Nombres de pages : 552
  • ISBN : 978-2-36629-443-9
  • Prix : 8.99 €
 

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