Le Magasin des suicides

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  • Auteur : Jean Teulé
  • Pays : France
  • Sortie : 04/01/2007
  • Adaptation : Oui (Film animation)
  • Public : Tout Public
  • Format Disponible : Papier / Numérique / Audio

4e de Couverture

Imaginez un magasin où l’on vend depuis dix générations tous les matériels et ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère grâce au marché lucratif de la tristesse et du désespoir jusqu’au jour abominable où se répand un virus inattendu : la joie de vivre.

La Critique de ChoupieS

« Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! » Cela faisait longtemps que ce slogan m’intriguait. Il faut reconnaître qu’il y a de quoi se poser des questions. Quoique maintenant que je l’ai lu, je m’en pose encore.

 

Résumé :

Mishima et Lucrèce Tuvache ont tout pour être heureux… euh…non… excusez-moi, je recommence.

Mishima et Lucrèce Tuvache ont tout pour être malheureusement satisfaits, leur mariage se passe Magasindessuicides 250x150plutôt bien, l’affaire familiale profite pleinement du désespoir des gens, leur fils aîné est maladivement anorexique et psychologiquement instable, leur fille est merveilleusement inutile et affreusement mélancolique. Vu comme cela, n’importe qui envierait leur vie de famille.

Oui, mais voilà, tout n’est pas parfait chez les Tuvache, car leur cadet, Alan, est arrivé pour mettre de la lumière dans leurs existences. C’est vrai que c’est atroce.

Avis Général :

  • Le Style d'écriture : 

Pour moi le style de Jean Teulé va dans le même panier que celui d’Amélie Nothomb. Est-ce une mauvaise chose ? Pas du tout, au contraire. C’est une plume que j’apprécie. Elle est ironique, vive, incisive et décrit parfaitement les émotions, les personnages et l’action.

Mais comme rien n’est jamais pleinement parfait, elle peut parfois être assez difficile àPoisons appréhender dans sa totalité. C’est un style très subtil, où il faut être éveillé à 100%, voire 200%, pour suivre et surtout apprécier l’œuvre. Donc, c’est soit on aime, soit aime pas.

Cette difficulté d’appréciation est, toutefois, contrebalancée par un récit très court, et découpé en une multitude de petits chapitres, dont les plus longs doivent faire quatre pages, et encore. Ce procédé permet de faciliter l’avancée de la lecture.

 

  • L'intrigue : 

Voilà une histoire qui est un pur concentré d’humour noir et d’ironie. On rentre dans le quotidien d’une famille totalement banal, dans le monde dans lequel elle évolue. Bon, c’est uniquement valable si l’on trouve le commerce d’accessoire pour se suicider banal. Mais tout est relatif, non ? Non ? D’accord.

Le train-train des Tuvache, morne et déprimant, va être bouleversé par la venue au monde du troisième enfant du couple, Alan, qui n’a aucunement hérité des propensions au désespoir et au malheur de ses géniteurs. Il va déstabiliser ce pseudo équilibre, dans lequel chacun des membres de la famille s’est réfugié, et faire voler en éclat toutes les certitudes qu’ils pouvaient avoir.

L’intérêt de cette intrigue réside dans la critique de notre société contemporaine. Cette une œuvre qui peut choquer, bien évidemment, par sa propension à banaliser le suicide, et cela d’une façon totalement grotesque. Par exemple, un homme qui Le magasin des suicides 250x150téléphone au magasin pour savoir si les Tuvache seront disponibles pour assister à son enterrement, ou bien le patriarche qui précise qu’ils ne vendent les balles de revolver qu’à l’unité, car il n’est pas question qu’ils soient responsables d’un carnage, ou encore une adolescente de 13 ans qui veut acheter un bonbon empoisonné pour mettre fin à ses jours, car sa mère lui a confisqué son téléphone pour qu’elle sorte voir son amie plutôt que de rester dans sa chambre.

Rien que le titre du livre et le slogan choquent. Mais il faut aller plus loin dans l’œuvre. Ce n’est pas une moquerie du suicide, le magasin des suicides va beaucoup plus loin. En effet, le livre dénonce clairement une société de plus en plus déprimante, laissant penser aux individus qu’ils n’ont aucun intérêt à continuer de vivre. Or, c’est faux, et c’est là que le personnage du cadet Tuvache entre en action, pour essayer de redonner tout simplement un sens à la vie des autres.

 

  • L'univers :

Si la famille Tuvache apparaît comme banale, c’est parce que l’univers dans lequel elle évolue n’est pas banal justement. On a beaucoup de mal à situer l’environnement de l’intrigue, car l’intégralité du livre prend place dans le petit immeuble dans lequel vit et travaille la famille.     

On se rend finalement compte que l’environnement dans lequel les gens évoluent est déprimant au possible. On se trouve tout simplement dans une anticipation de la Population 250x150dégradation de notre société. La ville du magasin des suicides se nomme la Cité des Religions oubliées, et d’ailleurs l’immeuble qui sert de foyer à la famille est un ancien lieu de culte, dont tout le monde à oublier lequel. Apparemment l’environnement est plutôt désertique et la couche d’ozone n’en porte plus que le nom. La Terre elle-même est un cadavre ambulant qui se meurt à petit feu. Donc pas étonnant que ces habitants aient perdu la foi en la vie.

 

  • Les Personnages :

Le Magasin des Suicides ne brille pas par ses personnages, et pourtant c’est bien eux qui tiennent le livre de bout en bout. Ils sont d’une grande simplicité, mais surtout d’une antipathie hallucinante envers les choses de la vie.

Il n’y a pas grand-chose à dire sur eux. Ce sont des personnes lambdas qui désespèrent Leconte magasin des suicides 250x150dans leur vie quotidienne et qui ne trouvent une solution que dans le suicide. Même les Tuvache répondent à ce critère, mais il faut bien quelqu’un pour faire tourner la boutique.

Face à toutes ces personnes, il y a Alan qui fait office d’extra-terrestre au regard de toutes ces personnes déprimées. C’est le personnage le plus surprenant en réalité, mais ça, on ne le comprend qu’à la fin.

 

  • En Bref : 

En bref, le Magasin des Suicides est une fable, ou un conte, réservé à un public aimant l’humour noir et l’ironie morbide. Le style de Jean Teulé est très particulier, ça passe ou ça casse. Mais ce style convient parfaitement à une œuvre comme celle-ci tournant tout à la dérision, même si elle pourrait être censurée par les personnes trop bien pensantes.

Sous couvert d’une intrigue et de personnages simplistes, cette œuvre s’attaque directement à la société dans laquelle nous évoluons actuellement, pleine d’indifférence, d’hypocrisie et d’intolérance.

Mais ce n’est pas le seul message que ce livre souhaite faire passer. À sa manière, JeanLe magasin des suicides 1 250x150 Teulé en fait passer plusieurs et notamment que notre monde court à sa perte.

Mais je pense qu’il y en a encore deux choses plus importantes que celle-là. La première serait qu’il est important de voir les personnes que l’on aime heureuses.

Le deuxième message découle directement du premier. Il est bien de rendre les personnes que l’on aime heureuses, mais il ne faut pas en faire l’unique but de sa vie, sous peine, une fois cette raison de vivre accomplie, de ne plus avoir aucun sens à donner à sa propre existence.

 Et dans ce cas que resterait-il, à part réussir sa mort ?

 

Points Faibles Points Forts
  • Style parfois complexe
  • Beaucoup de sous-entendus
  • Personnages simplistes
  • Intrigue ironique
  • Univers original
  • Critique ouverte de la société

 

 

Notation : 

Intrigue : 7/10

Originalité : 9.5/10

Univers : 9/10

Personnages : 6.5/10

Style Écriture : 7.5/10

Moyenne Globale : 7.9/10

 

 

 

Sources Illustrations :

http://picotcamille.canalblog.com/archives/2012/10/11/25307897.html

http://voiretmanger.fr/magasin-suicides-leconte/

http://toutlecine.challenges.fr/film/0039/00392834-photos-le-magasin-des-suicides.html

http://www.unifrance.org/film/31272/le-magasin-des-suicides

http://la-tribu-de-juju.net/2012/10/instant-cine-le-magasin-des-suicides/

 

 

Quelques extraits

Extrait 1 : Chapitre 1, p.7

C’est un petit magasin où n’entre jamais un rayon rose et gai. Son unique fenêtre, à gauche de la porte d’entrée, est masquée par des cônes en papier, des boîtes en carton empilées. Une ardoise pend à la crémone.

Accrochés au plafond, des tubes au néon éclairent une dame âgée qui s’approche d’un bébé dans un landau gris :

— Oh, il sourit !

Une autre femme plus jeune – la commerçante –, assise près de la fenêtre et face à la caisse enregistreuse où elle fait ses comptes, s’insurge :

— Comment ça, mon fils sourit ? Mais non, il ne sourit pas. Ce doit être un pli de bouche. Pourquoi il sourirait ?

Puis elle reprend ses calculs pendant que la cliente âgée contourne la voiture d’enfant à la capote relevée. Sa canne lui donne l’allure et le pas maladroit. De ses yeux mortels – obscurs et plaintifs – à travers le voile de sa cataracte, elle insiste :

— On dirait pourtant qu’il sourit.

— Ça m’étonnerait, personne n’a jamais souri dans la famille Tuvache ! revendique la mère du nouveau-né en se penchant par-dessus le comptoir pour vérifier.


Extrait 2 : Chapitre 4, p.22

Au pied de l’escalier qui mène à l’appartement, à côté du rayon frais, Mishima, en gilet, fait l’article à un homme musclé plus grand que lui :

— Vous me demandez quelque chose d’original et viril, moi je vous réponds : le seppuku que les vulgaires appellent hara-kiri – terme argotique. Bon, ça, évidemment, je ne le conseille pas à tout le monde car c’est un truc sportif, non ? Quel est votre… Pardonnez-moi, si vous êtes là, je devrais dire : « Quel était votre métier ? »

— Prof de gym au lycée Montherlant.

— Tiens, qu’est-ce que je disais !

— Je ne supporte plus mes collègues ni les enfants…

— Ça les enfants, parfois c’est difficile, reconnaît Mishima. Nous, je vois, avec le dernier…

— J’avais pensé à l’essence ou au napalm…

— Ah, une immolation sous un préau d’école, ce n’est pas mal non plus, apprécie le commerçant. On a tout ce qu’il faut pour cela, mais, franchement, le seppuku…Enfin, je ne pousse pas à la dépense, c’est vous qui voyez.

Le professeur d’éducation physique et sportive balance entre les deux propositions :

— Immolation, hara-kiri…

— Seppuku, rectifie M. Tuvache.

— Ça nécessite beaucoup de matériel ?

— Un kimono de samouraï à votre taille. Il doit me rester un XXL et puis bien sûr, le tanto. On s’en fait toute une histoire, mais, regardez, c’est finalement un sabre plutôt court, minimise M. Tuvache en décrochant du mur une arme blanche (quand même assez longue) qu’il dépose entre les mains du client. Je les aiguise moi-même. Touchez ce fil du tranchant. Ça vous pénètre comme dans du beurre.


Extrait 3 : Chapitre 8, p.41

— En fait, si vous voulez, monsieur le représentant, nous, on ne désirait pas un troisième enfant. Il est né parce qu’on a testé un préservatif percé : vous savez, ceux que l’on vend aux gens qui veulent mourir contaminés sexuellement.

Lucrèce hoche la tête de dépit par ce coup du sort :

— Vous avouerez, pour une fois qu’on essayait un de nos produits, ce n’est quand même pas de chance.

— Ah ça, les préservatifs de chez M’en Fous La Mort sont garantis poreux. Vous auriez dû nous faire confiance, répond le représentant.

— Quand même…, soupire la mère d’Alan qui surgit justement dans le magasin.

— Bon-zou-our maman ! Bonzour papa ! Bon-zou-our monsieur !...continue-t-il en venant spontanément embrasser poliment les deux joues du représentant. Vous avez vu, il pleut, c’est bien. Il en faut de l’eau, hein !

— Ça a été l’école ? lui demande sa mère.

— Très bien. En cours de musique, j’ai chanté et fait rire toute la classe.

— Tiens, qu’est-ce que je vous disais ? s’exclame Mme Tuvache, prenant son interlocuteur à témoin.

— C’est vrai qu’il n’a pas l’air facile…, reconnaît le représentant en s’essuyant les joues. Les deux autres ne sont pas comme ça au moins ?

— Non, eux seraient passés en soupirant et vous bousculant sans s’excuser. L’aîné, quoique sans appétit, ne nous donne que des satisfactions, presque toujours enfermé dans sa chambre, mais la pauvre Marylin, à bientôt dix-huit ans, se sent godiche et inutile ici. Elle a toujours chaud et transpire. Elle cherche sa place.

Les Éditions

Broché

  • Éditeur : Julliard
  • Date de Publication : 04/01/2007
  • Format : 130 x 205 mm
  • Nombres de pages : 162
  • ISBN : 978-2260017088
  • Prix : 17.50€

Poche

  • Éditeur : Pocket
  • Date de Publication : 05/03/2008
  • Format : 104 x 175 mm
  • Nombres de pages : 157
  • ISBN : 978-2266179270
  • Prix : 5.30€

 

Numérique

  • Éditeur : Julliard
  • Date de Publication : 20/09/2012
  • Format : Epub, Mobi, PDF
  • Nombres de pages : 157
  • ASIN : B005TJTCPQ
  • Prix : 7.99€

Audio

  • Éditeur : Audio lib
  • Date de Publication : 21/01/2009
  • Lecture :  Thierry Fréret
  • Format : 1 CD MP3
  • Durée : 3h30
  • EAN : 978-2356410467
  • Prix : 15.30€

Audio

  • Éditeur : Audio lib
  • Date de Publication : 21/01/2009
  • Lecture :  Thierry Fréret
  • Format : Audionumérique
  • Durée : 3h30
  • EAN : 978-2356411105
  • Prix : 13.50€
 

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