La Maison des morts

Bkk couv la maison des morts sarah pinborough

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  • Auteure : Sarah Pinborough
  • Pays : Royaume-Uni
  • Titre VO : The Death House
  • Éditeur VO : Gallancz
  • Sortie VO : 26/02/2015
  • Sortie VF : 21/10/2016
  • Traduction : Florence Moreau
  • Adaptation : Non
  • Public : Jeunesse
  • Formats Disponibles : Papier / Numérique

4e de Couverture

C’est une maison sur une île déserte où des jeunes attendent de savoir s’ils vont mourir. Arrachés à leur famille à la suite d’un diagnostic, ils vivent dans la crainte du moindre symptôme, car alors on les emmènera en pleine nuit au sanatorium d’où personne ne revient.

Au dortoir 4, Toby et ses copains trompent l’angoisse comme ils peuvent, repliés sur leurs souvenirs d’avant la condamnation à mort. Jusqu’au jour où l’arrivée d’une nouvelle patiente va tout changer et redonner brusquement à Toby une raison de profiter de chaque jour et même d’espérer.

Car on va tous mourir un jour ; ce qui compte, c’est comment on choisit de vivre.

La Critique de ChoupieS

Sentiment mitigé sur cet ouvrage, qui d’un côté ne suscite pas grand-chose de par la platitude de l’action, mais de l’autre éveille l’intérêt par la simplicité de la mise en scène.

 

Résumé :

Personne ne veut penser à eux. Tels des fantômes, ils sont confinés dans une maison de laquelle ils ne sortiront jamais. Tous possèdent le fléau d’un passé qu'aucun ne souhaite voir revenir. Et pourtant, ils sont toujours vivants. Ils Bkk la maison des morts sarah pinborough image 1 manoir abandonnesont là, tentant de donner un sens aux jours qui passent, sachant que plus le sablier s’écoule et plus la fin approche. L’espoir est-il encore permis pour des êtres dont personne ne se soucie ? Et si la réalité d'une vie d'avant, trop facilement perdue, venait à leur porte, voudrait-ils l’accueillir ?

 

Avis Général :

  • Le Style d'écriture : 

Mis à part quelques formules grammaticalement douteuses (traduction ou original ?), l’ensemble du texte est agréable à lire. Les phrases sont bien structurées avec une longueur adéquate, ni trop longue, ni trop courte. La plume de Sarah Pinborough respecte le rythme instauré par l’histoire.

 

  • L'intrigue : 

À sa manière, ce livre est une sorte de tranche de vie. On observe le quotidien d’enfants et d’adolescents portant en eux une maladie semblant particulièrement dangereuse. Ils sont parqués loin de la civilisation dans l’enceinte d'une grande demeure, jusqu’à ce que la maladie se déclare et qu’ils soient amenés dans ce qu’ils appellent « le sanatorium ». Or, personne ne revient jamais de là-bas.

Le rythme de l’action est particulièrement rectiligne. Quand l’auteure tente d’amener des faits perturbateurs, ceux-ci ne prennent pas, et n’éveillent pas l’intérêt plus que cela, même s’ils constituent des tournants importants dans l’intrigue.

Comment cela se fait-il ?Bkk la maison des morts sarah pinborough image 2 aurore boreale

Eh bien, tout simplement parce que ces faits sont amenés sur le même rythme que le reste, c’est-à-dire, tout aussi lentement.

Toutefois, l’œuvre contient un énorme paradoxe.

En effet, si l’on ressent au départ de l’ennui – qui dure sur presque deux tiers du livre – c’est en prenant du recul que l’on se rend compte que cette lenteur n’est peut-être pas si exagérée que cela.

En prenant de la hauteur, il faut mettre dans la balance le fait que le récit soit à la première personne ; c’est cela qui va à la fois engendrer un manque d’intérêt et un réalisme à toute épreuve.

La teneur de l'histoire est directement liée à la personnalité du narrateur. En d’autres termes, l’histoire ici présente n’est pas mauvaise, elle est cohérente au possible, mais elle est handicapée par son propre narrateur. Des départs de feu sont mis en place, mais ils ne sont pas tous développés, ce qui n’est pas forcément une bonne chose. C’est toujours bon de laisser planer quelques inconnus, mais c’en est une autre de donner des échantillons aux lecteurs sans pour autant assouvir complètement son envie. Il y a une frustration qui s’installe et elle n’est pas vraiment positive.

En revanche, il faut souligner la cohérence de l’œuvre, et cela jusqu’à la fin. L’auteure prend des risques en restant sur cette ligne. Mais au moins, on a un final crédible, et pertinent. Si l’on voit venir certains événements, d’autres sont inattendus et cassent un peu l’ennui ressenti. De toute façon, le dernier tiers du livre est ce qui vaut vraiment le coup.

 

  • L'univers :

Il semble que Sarah Pinborough ait voulu nous laisser dans un flou total quant aux cadres de l’histoire contée. Tout d’abord, ce qui est frappant est que l’on ne sait pas à quelle époque l’on se trouve. Visiblement, on se situe Bkk la maison des morts sarah pinborough image 3 beelitz hospital mens paviliondans un futur lointain, mais aucune indication précise ne permet de nous en assurer. Autre chose, on ne sait pas non plus où se place territorialement l’action. Comme je l’ai dit plus haut, on se sent frustré par ce manque d’information.

D’un autre côté, ces manquements permettent de créer une atmosphère plus sombre et surréaliste, forçant le lecteur à se focaliser davantage sur les personnages et leurs comportements que sur autre chose. Toutefois, le nombre d’éléments non explicités est énorme.

De ce fait, il n'est pas certain que l’effet recherché soit pleinement atteint, car l’on ne peut s’empêcher de se poser des questions sur tel ou tel élément. Par exemple, l’on se demande quelle est cette étrange maladie. Quels en sont les symptômes exacts ? Est-elle réellement contagieuse ? Quels sont ces effets ? Que se passe-t-il exactement dans ce sanatorium ? etc. Je pourrais continuer longtemps comme ça. Il n’est pas gênant que l’auteure reste floue sur les éléments de localisation, mais quand on rajoute en plus toute une tonne de non-dits sur des éléments de fonds, Bkk la maison des morts sarah pinborough image 4 arbre sous la neigeça commence à faire beaucoup.

 

  • Les Personnages :

Voici le nerf de la guerre, mais également le cœur du problème.

Au départ, on ne sait pas comment se nomme le narrateur. On l’apprend un peu au hasard, qui fait que parfois - au début surtout - quand il est interpellé, on se demande quel est ce personnage. C’est un peu ballot tout de même, non ?

On finit par s’y faire à la longue, mais c’est un peu déstabilisant. J’aimerais pouvoir dire que tous les personnages sont profonds, mais ce n’est pas le cas. À première vue, on pourrait dire que ce n’est pas grave si tous les personnages ne sont pas excellents – je suis d’accord sur ce point –, mais quand une œuvre se fonde essentiellement sur ses personnages, est-ce qu'on ne loupe pas le coche ?

On passe sur de trop nombreux clichés à mon goût. Du personnage bagarreur, à l’intello de service, en passant par le triangle romantique. Bien sûr, ce n’est que mon avis, mais c'est ennuyeux compte tenu de l’ambiance sombre de l’ouvrage. On s’attend à beaucoup plus de profondeur, de noirceur aussi. Je trouve dommage que l’auteur qui a pris des risques, sur un pan de l’intrigue, n’en ai pas pris davantage sur ses personnages. Elle s’est contentée de rester sur une configuration d’œuvre jeunesse (young-lit).

 

En Bref : 

En bref, La Maison des morts me laisse un goût mitigé. Si la plume est fluide et Bkk la maison des morts sarah pinborough image 5 escalierparfaitement adaptée au rythme, l’intrigue est plate, voire même ennuyeuse, sur une bonne partie du livre. Toutefois, le dernier tiers se rattrape, en nous offrant un final où la prise de risque est grande, avec certains événements inattendus.

L’univers est trop approximatif. Que l’on ne nous donne pas l’intégralité des éléments spatio-temporels est une chose, mais que des éléments de fonds ne soient pas davantage mis en avant en est une autre, surtout quand des départs de feu visant à donner des explications sont positionnés.

Les personnages quant à eux manquent cruellement de profondeur. Pour une œuvre ayant vocation à prendre comme support ses protagonistes, les clichés vus et revus auraient pu nous être épargnés, d’autant qu’ils ne collent pas avec l’ambiance générale.

 

Points Faibles Points Forts
  • Mise en place longue
  • Univers trop approximatif
  • Clichés sur les personnages
  • Plume fluide
  • Prise de risque dans le récit
  • Trame et final cohérent

 

 

Notation : 

Style Écriture : 7/10

Intrigue : 5/10

Originalité : 6/10

Univers : 4/10

Personnages : 5/10

Moyenne Globale : 5.4/10

Sources Illustrations :

Image 1 – Manoir abandonné : http://b-n-e.forumactif.org/t4-images-des-lieux-le-manoir-abandonne

Image 2 – Conte de sirène : https://pixabay.com/fr/aurora-borealis-nuit-northern-lights-818716/

Image 3 – Sanatorium : http://keywordsuggest.org/gallery/51915.html

Image 4 – Arbre sous la neige : https://pixabay.com/fr/hiver-arbre-neige-paysage-froid-1367153/

Image 5 - https://pixabay.com/fr/ruine-beelitz-heilst%C3%A4tten-malade-1068523/

 

Extraits

Extrait 1 :

1

— Ils disent que ça fait saigner les yeux. Qu’ils sortent presque de leurs orbites et qu’après du sang coule.

— Qui dit ça ?

— Des gens. Je l’ai entendu.

— T’inventes.

— Non, pas du tout, proteste Will. Pourquoi j’inventerais un truc pareil ? Je te dis que je l’ai entendu quelque part. D’abord, on devient fou, puis les yeux se mettent à saigner. Je crois même que toute la peau saigne.

— C’est vraiment n’importe quoi !

— Taisez-vous et dormez ! dis-je en roulant sur le côté.

La couverture au lainage rêche me gratte la peau, tandis que les exagérations de Will m’irritent intérieurement. Je laisse échapper un soupir énervé et mon propre agacement me contrarie. Cette sensation d’exaspération m’est familière ces derniers temps. Elle s’enflamme à partir de la boule que forme le soleil noir qui croît tranquillement au creux de mon estomac. À mon grand soulagement, les deux garçons redeviennent silencieux. C’est moi l’aîné. C’est moi qui commande. Je suis le chef, le père. Du moins en ce qui concerne le dortoir 4. Mes paroles portent, ici.


Extrait 2 :

— Prélèvement sanguin ! annonce l’infirmière en enfilant ses gants en caoutchouc.

Elle prépare une première seringue tandis que nous sommes assis sur nos lits, figés de peur. Pourquoi ont-ils besoin de nous faire des prises de sang ? Nous nommes tous des Déficients, ils le savent déjà. Somme-nous des animaux de laboratoire, pour eux ? Nous étudient-ils pour tenter de mieux comprendre le phénomène ? Je regarde fixement l’infirmière tandis que mon cœur bat à cent à l’heure. Elle n’est pas très âgée, je parierais qu’elle n’a même pas trente ans ; de fines mèches couleur gingembre échappent de sa coiffe.

— Nous devons vérifier comment vous évoluez, dit-elle comme si elle lisait dans mes pensées.

Quand elle enfonce l’aiguille dans la veine d’Ashley, Will devient tout pâle et ferme très fort les yeux. Louis, assis près de lui, lui étreint la main. Je ne me souviens pas que l’un ou l’autre ait mentionné l’existence de frères ou sœurs, à l’extérieur, mais ici, ils sont frères. En tout cas, je ne veux pas que Will ait peur, et moi non plus je ne souhaite pas me laisser impressionner, c’est pourquoi je décide de recourir à l’humour, histoire de détendre l’atmosphère.

— Est-ce que ceux dont les gènes sont les plus détériorés vont recevoir un badge ?

Et sur cette question, je décoche à l’infirmière le sourire le plus impertinent dont je sois capable, même si elle ne prend pas la peine de relever la tête vers moi.

Les Éditions

Broché

  • Éditeur : Milady
  • Date de Publication : 21/10/2016
  • Format : 140 x 200 mm
  • Nombres de pages : 382
  • ISBN : 978-2-8112-1841-6
  • Prix : 16.90€

Numérique

  • Éditeur : Milady
  • Date de Publication : 21/10/2016
  • Format : Epub / Mobi
  • Nombres de pages : 384
  • ISBN : 978-2-8205-2747-9
  • Prix : 9.99€
 

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