Forbidden

Bkk couverture forbidden sheily larash 1

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  • Auteure : Sheily Larash
  • Pays :  France
  • Éditeur : Mix Éditions
  • Sortie : 06/11/2017
  • Adaptation : Non
  • Public : Tout Public

4e de Couverture

Forbidden, c'est l'histoire de deux mondes qui n'auraient jamais dû entrer en collision. Hakeem, l'adolescent de Gaza, a connu la guerre, l'angoisse, la peur des lendemains, les proches qui meurent sous les bombes. Ben, lui, ne connaît de la vie que la cage dorée dans laquelle l'enferme son père, jour après jour. Élève modèle, frère exemplaire, comment réagir lorsque Hakeem débarque dans son existence aux petites cases bien établies, traînant dans son paquetage toute la rage d'une enfance volée, d'une vie déracinée ? Ensemble, ils apprivoiseront le sens du mot différence, mais aussi celui de la fraternité, et finalement celui de l'attirance. L'histoire d'un garçon détruit et d'un gosse de riche. De deux opposés que rien ne prédestinait à s'attirer. Forbidden, où quand les chemins tortueux de deux adolescents se croisent.

La Critique de ChoupieS

Une histoire au plus proche de la réalité qui vise juste dans la retranscription des émotions.

 

Résumé :

Deux adolescents que tout oppose devront bientôt cohabiter. Mais comment faire, pour se trouver des atomes Bkk fobidden sheily larash image 1 gazacrochus quand l’un a connu les horreurs de la guerre et l’autre les plus sombres facettes d’une vie abondante matériellement. Hakeem et Ben apprendront l’un et l’autre que les apparences et les clichés sont trompeurs et que, sous la surface, se cachent aussi bien des anges que des démons.

 

Avis Général :

  • Le Style d'écriture : 

La première chose qui m'a frappé en commençant la lecture de cette œuvre est la fluidité avec laquelle les phrases s’enchaînent les unes avec les autres. À aucun moment, du début à la fin, on ne bute sur un mot. Ça m’a fait un bien fou d’avoir une lecture aussi facile à prendre en main.

Pour être un peu plus précise, je dirais que Sheily Larash joue parfaitement bien avec les différentes formes de narrations. Sa plume est empreinte d’un lyrisme léger et non massif, comme on peut souvent le voir dans des textes du même type. De plus, l’utilisation de la première personne – que je n’affectionne pas spécialement en temps normal – est agréable. On se prend vraiment dans ce jeu de confidences dans lequel l’auteure se lance.

 

  • L'intrigue : 

En toute honnêteté, ce livre est exactement le type d'ouvrage vers lequel je ne vais pas (ne vais plus) ; la plupart du temps on tourne autour du pot, dans un emballage de bons sentiments et de scènes copiées-collées les unes sur les autres.Bkk forbidden sheily larah image 3 licorne

Quelle ne fut donc pas ma surprise, en découvrant que Sheily Larash était allée beaucoup plus loin que cela ! Oui, elle choisit de fonder son histoire sur des ados. Oui, elle choisit de nous montrer leur quotidien. Oui, elle choisit de mettre en scène leurs états d’âme. Non, elle ne tombe pas dans l’immense piège de la romance pleine de bons sentiments à l’eau tellement rose que même une licorne en fait une overdose. (Waouh !!! Là j’essaie d’imaginer la pauvre licorne).

On en arrive donc à une intrigue d’une grande richesse émotionnelle, mais surtout RÉALISTE. Oh my god ! Quelle joie ! Enfin quelqu’un qui a compris que l’on n’avait pas besoin de roses et de bleuets pour faire pleurer dans les chaumières. Tout au long du récit, on est scotché aux péripéties que vivent les deux héros. J’ai eu des moments de stress intense, où j’étais là : « OH PURÉE !!! Ça mal se passer, ça va mal se passer !!! » Je fermais même les yeux, mais c’était pas très pratique pour lire la suite de l’histoire donc j’ai été obligé de les rouvrir. Je ne l’ai pas regretté parce que j’ai assisté à une mise en scène cohérente, dynamique, intelligente, et  cela jusqu’à la dernière ligne. L'auteure ne tombe pas dans la facilité, même si elle aurait pu le faire. J’ai juste regretté que ça ne soit pas un peu plus long. (C’est bon, quand c’est long des fois)

 

  • L'univers :

Hallelujiah… Hallelujiah… Bon, je m’arrête là, mais vous voyez un peu l’idée de l’illumination qui descend pour tout éclairer sur son passage.

Pourquoi tant de louanges ?

Parce que Forbidden fait parti de ces 10 % (à vue de nez) de livres, mettant en scène des adolescents, qui ne se passent pas en premier lieu à l’école. Bkk fobidden sheily larash image 2 opéra de sidneyJe commençais même à me demander s’ils avaient une vie en dehors des bâtiments scolaires, visiblement oui.

Donc exit les : « Oh ce prof me saoule », « Fais chier, j’ai pas envie d’aller en sport, je me suis cassé un ongle », « Oh ! il m’a regardé, il m’a regardé !! » et bienvenue aux situations plus profondes permettant de mieux observer les problématiques les plus difficiles à vivre.

J’aime beaucoup l’angle d’attaque sur lequel travaille l’auteure concernant les conflits dans la Bande de Gaza, avec les traumatismes qu’ils peuvent engendrer. Bien évidemment, elle entre également sur le terrain du racisme aussi bien envers une origine, ou une orientation sexuelle. Elle ne laisse pas non plus de côté, les violences faites aux enfants en accentuant la force du propos en positionnant la chose dans un milieu social élevé et non défavorisé. L'approche du deuil est à la fois pertinente et émouvante.

  • Les Personnages :

Je me souviens qu’il y a peu de temps avant cette chronique, j’en avais fait une autre dans laquelle j’avais eu beaucoup de Bkk fobidden sheily larash image 4 homme qui ecritdifficultés à formuler un avis sur les personnages à cause de leur manque de consistance. Figurez-vous que pour ce livre, j’ai également du mal à vous formuler un avis sur eux, à la différence que c’est parce qu’ils sont excellents cette fois-ci.

Ils sont tellement réalistes que par moment j’avais l’impression d’être dans un récit autobiographique et non dans un récit fictionnel. C’était même un peu déroutant (dans le bon sens du terme, bien sûr). Les personnalités sont complexes et évoluent avec cohérence en fonction des événements que les protagonistes vivent. Les deux adolescents possèdent même cette part de naïveté que l’on retrouve souvent à cet âge ; on l’accepte parfaitement d’autant qu’elle est mesurée et positionnée à sa juste place.

Je ne pourrais malheureusement pas vous en dire plus, parce que l’on a affaire à des personnages que l’on pourrait parfaitement croiser dans la rue.

 

En Bref : 

En bref, Forbidden est une magnifique lecture. La plume de Sheily Larash est agréable au possible et d’une fluidité qui manque à beaucoup trop d’ouvrages. Le lyrisme bien dosé et léger joue pour beaucoup dans cet aspect. L’histoire est on ne peut plus réaliste et cohérente du début jusqu’à la fin. L’intensité des émotions décrites et la mise en scène dynamique plongent habilement le lecteur dans le quotidien de deux adolescents qui n’ont pas été épargnés par la vie. Toutefois, une certaine pudeur revêt l’énoncé des différents épisodes, crédibilisant une fois de plus l’œuvre.Bkk fobidden sheily larash image 5 main arc en ciel

L’univers de la vie quotidienne est repris avec justesse. Les conflits armés, le deuil, le racisme, l’homophobie ou les violences domestiques font partie de la toile de fond de l’ouvrage. L’auteure prend des risques en osant mettre en avant que les drames ne sont pas quantifiables ni comparables les uns par rapport aux autres.

Les personnages sont tout à fait communs et c’est en cela que réside leur véritable force. Leurs défauts et leurs qualités sonnent juste à tout instant ; c’en est au point que l’on peut parfois confondre le texte avec une autobiographie.

À ceux qui souhaiteraient lire un excellent livre, mettant en scène l’adolescence d’une manière critique et intelligente, je recommande cet ouvrage dont le lyrisme et le réalisme sont les points d’orgue.

Je tiens également à faire une dernière petite mention, concernant l’auteure. Je dis un grand bravo à Sheily Larash pour la maturité de son écriture sur laquelle beaucoup de ses comparses pourraient s’inspirer. En effet, au jour où j’écris cette chronique, la demoiselle n’est âgée que de 17 ans, et a écrit son ouvrage à 16. Une fois de plus, bravo, car si je ne l’avais pas su à aucun moment je n’aurais pu me douter de son âge.

 

Points Faibles Points Forts
  • Pourquoi y’en a pas plus (d’accord ce n’est pas un vrai point faible)
  • Plume fluide
  • Lyrisme dosé                               
  • Histoire réaliste, cohérente et juste      
  • Prise de risques
  • Univers mature
  • Personnages plus que réalistes

 

 

Notation : 

Style Écriture : 10/10

Intrigue : 10/10

Originalité : 8/10

Univers : 10/10

Personnages : 10/10

Moyenne Globale : 9.6/10

Sources Illustrations :

Image 1 – Gaza : http://www.worldbulletin.net/haber/162577/overwhelming-evidence-of-israeli-war-crimes-in-gaza

Image 2 – Opéra de Sydney : https://pixabay.com/fr/sydney-op%C3%A9ra-maison-l-australie-363244/

Image 3 – Licorne : http://fr.clubpenguin.wikia.com/wiki/Fichier:Vice-Versa_Licorne_Arc-en-ciel.png

Image 4 – Homme qui écrit : https://pixabay.com/fr/personnes-l-homme-guy-black-2565722/

Image 5 – Main arc-en-ciel : https://pixabay.com/fr/main-arc-en-ciel-lumi%C3%A8re-2326058/

Extraits

Extrait 1 :

Quand vous aurez vu ce à quoi j’ai été confronté, vos problèmes deviendront des bobos.

Hakeem

J-4

 

Une odeur nauséabonde, mélange de pneus brûlés et d’urine, des humiliations quotidiennes et des murs ensanglantés, c’est comme ça que je résumerais ma vie à Kafr Qaddum. En seize ans d’existence, je n’ai jamais pu ressentir ce qu’on éprouve en étant libre. Mais dans quatre jours, peut-être que je le saurai enfin. Je n’arrive pas à croire que je vais quitter la Cisjordanie avec ma mère et laisser derrière moi la tombe de mon père, mon unique amie et mes quelques souvenirs.

Et tout ça pour quoi ? Pour partir vers un continent occupé par des feignants qui ne savent rien faire d’autre que surfer et bronzer, puis ouvrir leurs bouches quand il ne faut pas. J’ai nommé l’Australie, bien sûr. Pourquoi ma mère s’est-elle entichée de ce Rolland, un étranger qui plus est ? Déjà, je suis choqué de voir que certains pensent encore que l’amour peut se trouver en ligne, ensuite je n’ai pas du tout envie de devoir vivre dans une maison bourrée de faces de craie, de devoir manger des plats d’Occidentaux, de me comporter comme un Occidental.

D’un autre côté, je suis soulagé de pouvoir quitter mon quotidien. J’ai envie de découvrir le parfum de l’air pur, de mettre un sentiment sur le mot « liberté » et de réapprendre à vivre. Et à croire en quelque chose. Et, qui sait, je parviendrai peut-être à montrer à Papa que je suis capable de devenir un homme, un vrai, comme il le disait. Celui qui a soif de savoir, qui se montre juste, bon et tolérant.

Je vais avoir bien du mal à être tolérant envers des gens que je déteste, même si ma haine envers les Occidentaux ne s’explique pas. Il n’y a rien à prouver, les faits sont là. Ce qui se passe entre l’Israël et la Palestine n’aurait jamais existé s’ils n’étaient pas venus se mêler de ce qui ne les regarde pas. Je les déteste. Mais ma mère a décidé que nous partirions. Étant le seul membre de ma famille qu’il me reste sur cette planète, je la suivrai jusqu’au bout du monde, même si je sais que nous nous jetons dans la gueule du loup.

 

Extrait 2 :

Je me demande pourquoi, mais la réponse est évidente : parce que les mentalités ne changent pas. Puisque tellement de clichés sont véhiculés sur les gays, que tout le monde tient des propos homophobes sans même s’en rendre compte. Des gars de mon lycée disent souvent « mec, arrête, ça fait gay » sans capter que c’est insultant pour ceux qui le sont réellement. Et c’est ça le plus triste, les gens dénigrent les homosexuels, les transsexuels et les lesbiennes sans le réaliser. Ils nous rejettent, nous pointent du doigt.

À l’inverse, il y a ceux qui nous placent sur un piédestal, c’est parfois gênant. Je n’ai jamais compris cette fascination que certains nourrissent pour nous et ce désir d’avoir un « meilleur ami gay », ça me donne plus l’impression d’être une bête de foire qu’autre chose. Mais bon, c’est toujours plus gentil qu’une insulte ou un crachat.

Selon l’imaginaire des gens, un « pédé » :

— Est super beau gosse,

— Est efféminé et porte du rose,

— Est coiffeur ou fleuriste,

— Est toujours sympa, joyeux, de bonne humeur,

— Fait toujours la fête,

— N’est pas fidèle et se laisse baiser par le premier venu,

— Aime les potins, les magazines de mode et le shopping,

— N’écoute que Lady Gaga et Adèle.

Et j’en passe. C’est totalement faux. Moi, j’ai les dents un peu de travers et je ne pète pas des arcs-en-ciel toute l’année. J’ai comme n’importe qui, des hauts et des bas. Je n’ai jamais fait la fête, je déteste les rumeurs et les potins qui circulent à l’école, je préfère le rock, même si mon père déteste. Je n’ai pas un corps parfait et n’ai jamais fait l’amour.

Et puisque les mentalités ne changent pas, certains ont peur de leurs différences. Ils les gardent cachées au fond d’eux, priant pour un futur meilleur. Chaque nuit quand ils s’endorment, ils supplient le Tout-Puissant que demain soit un jour meilleur et qu’ils puissent s’assumer sans craindre les regards assassins. Chaque jour, ils se réveillent et rien ne change.

Les Éditions

Broché

  • Éditeur : Mix Éditions
  • Date de Publication : 06/11/2017
  • Format : 148 x 210 mm
  • Nombres de pages : 296
  • ISBN : 978-2-37521-038-3
  • Prix : 16.90 €

Numérique

  • Éditeur : Mix Éditions
  • Date de Publication : 
  • Format : Epub / Mobi
  • Nombres de pages : 296
  • ISBN : 
  • Prix : 
 

Où l'acheter

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