#11 – Et si une larme…

Une pensée suite aux attentats du 13/11/2015.


 

Bonjour à tous !

Comment allez-vous ?

Moi ça va. Tout comme vous, je pense, le week-end n’a pas été très joyeux. Vous vous doutez donc qu’avec les événements qui se sont produits, mon Histoire de vie va être faite en fonction, et contrairement à ce que je vous ai habitué, il ne sera pas illustré. Toutefois, sachez bien qu’il s’agira du seul en ce sens.

Pourquoi ?

Parce que je tiens à montrer qu’il faut aller de l’avant. Soyons quand même d’accord sur le fait qu’aller de l’avant ne signifie pas oublier ce qu’il s’est produit. Ça serait trop facile de mettre la tête dans le sable comme une autruche. Bien sûr que c’est difficile et triste quand on pense que des personnes se sont vues arracher le restant de leur vie. Mais je choisis de faire comme beaucoup, et de rester debout. C’est donc la raison pour laquelle après cet article, les autres chroniques du Palais ne reviendront pas sur les événements, non pas par manque de solidarité, mais simplement pour montrer que nous avançons malgré ce qu’ils ont fait, mais qu’ils paieront un jour.

***

Je ne suis pas quelqu’un d’exceptionnel. Je suis simplement une citoyenne française, une citoyenne de l’Union européenne, une citoyenne du monde. Vraiment quelque chose de très banal. Même si en lisant cet article vous pensez que je donne des leçons de morale, détrompez-vous, ce n’est pas mon intention. J’ai simplement envie et besoin de dire ce que je pense après ce jour qui a fait pleurer notre République. Je ne vous demanderai pas d’être d’accord ou non avec moi.

Je ne cherche ni votre approbation, ni votre mépris, ni même votre attention. Non, je veux simplement écrire ces mots pour moi, pour être libérée du poids qui me pèse depuis ce jour. J’ai envie de dire ce que j’ai ressenti en voyant certaines choses qui m’ont marqué. Pour ne pas oublier aussi, ce que j’ai ressenti. Je vous préviens également que le but de cette chronique n’est pas de parler des magnifiques preuves de solidarité qui ont parcouru le monde ces derniers jours et qui m’ont beaucoup touché, comme beaucoup. Oui, c’est vrai que je pourrais en parler, mais elles n’ont pas besoin de mes mots pour exprimer le message qu’elles veulent transmettre. Je pense qu’il passe déjà très bien. Oh ! Une dernière chose. Si vous vous sentez visez, ne comptez pas sur moi pour vous présenter des excuses, parce que je ne le ferais aucunement.

Maintenant que vous êtes prévenus, vous pouvez choisir de continuer, ou d’arrêter là votre lecture. Moi, je continue d’écrire.

 

***

 

En général, j’apprécie les vendredis 13. Oui, je sais ça fait superstitieuse, mais c’est comme ça. Eh oui, je tente ma chance aux jeux de hasard, et enrichie par la même occasion la FDJ qui se passerait bien de mon argent, mais j’y peux rien c’est comme ça, j’aime bien.

Mais, ce vendredi 13 novembre 2015, le dernier de l’année, je ne l’ai pas apprécié. Oh ! Comme d’habitude, j’aurais mieux fait de garder mon argent, mais ce n’est pas ça qui m’a préoccupé ce jour-là. Il s’était déroulé comme tous les autres, j’ai vaqué à mes occupations, quoiqu’au ralenti, ayant une énorme fatigue oculaire me tenaillant la tête depuis plusieurs jours. J’ai travaillé sur…

Eh bien…je me rends compte que je ne me souviens même pas de ce que j’ai pu faire. C’est étrange, mais tous mes souvenirs de cette journée se sont effacés comme par magie, ou plutôt par malheur, devrais-je dire. Alors, puisque je ne sais plus ce que j’ai pu faire, je vais sauter au soir.

Donc, dans la soirée, j’ai regardé l’anime Rozen Maiden, en compagnie de mes parents, jusqu’à 22h30, puis je leur ai souhaité bonne nuit, et ai gravi les escaliers pour me rendre à l’étage où se trouve ma chambre. Je me suis brossé les dents, et allais vers mon lit pour lire, quand j’ai eu envie de regarder mon téléphone.

C’est banal n’est-ce pas ? Une soirée tout ce qu’il y a de plus normal. Quand on vit notre petit train-train quotidien, on n’est pas préparé à ce qu’il soit chamboulé. Quand on vit son train-train, on ne pense même pas aux autres personnes qui peuplent le pays, et donc encore moins à ceux du monde. Et pourtant, quand une action chamboule ce fameux et doucereux petit train-train, on prend soudain conscience du monde qui peut nous entourer.

En prenant mon téléphone, j’ai vu dans les alertes infos ce message : « Plusieurs fusillades en cours à Pa… ». Le texte était coupé parce qu’il était trop long pour apparaître entièrement dans la petite fenêtre. Sur le coup, je me suis dit qu’il y avait encore eu des fusillades en Palestine.

Vous trouvez mon propos choquant ?

Vous avez sans doute raison, mais si vous êtes honnêtes avec vous-même, est-ce que quand vous entendez des fusillades dans ces pays, vous ne vous dites pas « encore en train de se battre » ? Très sérieusement, vous ne me ferez pas croire le contraire.

Je n’y ai pas prêté plus attention sur le moment, et ai éteint le téléphone. Mais, quelque chose m’avait chiffonné dans ce titre. J’ai réfléchi quelques secondes, et ai rallumé l’appareil pour relire l’information. Il y avait quelque chose qui n’allait pas « Plusieurs fusillades en cours à Pa… ». Oui c’est le « à Pa… » qui m’avait paru étrange. Si ça avait été en Palestine, j’aurais lu « en… » et non « à… ». Alors j’ai appuyé  sur le titre pour le lire entièrement et j’ai vu que c’était Paris qui était concerné, et qu’une prise d’otage était en cours.

C’est fou comme le regain d’intérêt refait surface quand le drame se passe dans son pays. Pourtant, un drame reste un drame. Des vies innocentes fauchées restent des vies innocentes, non?

 

Ni une ni deux, je me suis précipitée au rez-de-chaussée et ai changé de chaîne, alors que ma mère regardait une rediff’ des Experts Miami. Et là, j’ai vu ce qu’il se passait, et ai été atterrée face à l’horreur que j’avais devant les yeux.

Plusieurs fusillades en plein Paris,  notre capitale !  Des morts par dizaines, et un nombre qui ne cessait d’augmenter, d’autant que le Bataclan était encore aux mains de ces terroristes. Mais même si on ne savait pas combien il y avait de victimes, il était certain qu’elles seraient nombreuses. Et puis, des témoignages ont commencé à arriver, tous plus poignants les uns que les autres. Je suis restée devant la télévision jusqu’à environ trois heures du matin. Il m’était impossible d’aller dormir, alors que des gens étaient encore coincés avec ces lâches. Alors j’ai attendu, revoyant les scènes, réécoutant les témoignages, cherchant le moindre petit signe que la situation évoluait. Finalement l’assaut a été donné, et les otages libérés. Le choc, la peur, la consternation, l’impuissance, la douleur se lisaient sur les visages.

Aujourd’hui, nous pleurons encore ces 129 personnes tuées pour quoi ? Pour une idéologie sans queue ni tête. Aujourd’hui, des milliers de personnes pleurent avec la France.

 

Vous savez, la tristesse n’est pas la première chose que j’ai ressentie en voyant ces attaques. Et aujourd’hui, ce n’est pas le sentiment qui prédomine en moi. L’impuissance et la colère, voilà ce qui m'a envahi en premier. L’impuissance, parce je ne pouvais rien faire pour aider toutes ces personnes; la colère, parce que ces lâches avaient osé s’en prendre à la joie, la bonne humeur, la convivialité, la liberté, la France. Et, cette colère a grandi encore davantage, quand j’ai vu certains messages sur les réseaux sociaux, et que je vois encore.

 

Alors aujourd’hui, j’ai décidé de déposer sur ces mots cette colère. Est-elle justifiée ou pas ? Je m’en fiche totalement. Est-ce que vous serez d’accord ou non avec moi ? Je m’en fiche également. Je suis une personne normale, avec un train-train quotidien banal, qui possède ses opinions et sa vision des choses n’appartenant qu’à elle. Je ne demande pas à ce qu’elles soient partagées, cela serait bien trop présomptueux.

 

Mais quand j’ai vu toutes ces choses, voilà ce que j’avais envie de hurler fort et clair :

À tous ceux condamnant les musulmans de ces attaques :

À ceux-là, je leur répondrai : Bande d’idiots, allez vous acheter un cerveau. Ces lâches qui osent se revendiquer "enfants d’Allah", ne sont que des assassins qui n’appartiennent à aucune religion. L’Islam prône l’amour de son prochain, tout comme les autres cultes. Je ne suis pas musulmane, et ne pratique aucune autre religion, mais je n’ai pas besoin de cela pour dire aux véritables musulmans « ne vous excusez pas, vous n’êtes pas responsables des actes de ces lâches ! »

 

À ceux qui prônent le vote vers des partis extrémistes :

À ceux-là, je leur répondrai : Votez en votre âme et conscience, mais ne venez pas pleurer quand vous verrez vos libertés bafouées. Le bulletin que je mettrai dans les urnes, je le ferais en mon âme et conscience également, et sachez qu’il ne sera pas pour Marine. Jamais je ne pourrais voter, pour des personnes qui prônent la haine vers une partie de l’humanité. Les discours énonçant que la France n’a qu’une seule « culture », et j'en passe, ne valent pas mieux que ceux d’un certain Adolf. Je suis née en Picardie, mes parents sont nés aux Antilles. Alors oui ! Je suis française ! Oui ! J’aime mon pays ! Mais non ! Je ne compte pas faire partie de ceux qui le réduiront à un pays d’intolérance. Il y en a déjà trop à mon goût.

 

À ceux qui critiquent la France et qui y vivent, qu’ils y soient nés ou non, mais surtout à ceux qui y sont nés.

À ceux-là, je leur répondrai : Oui, la France n’est pas parfaite. Oui, certaines mesures prises, peu importe le parti politique les ayant mises en place, ne sont pas bonnes et pourraient être améliorées, mais de quel droit cracher vous ainsi sur les valeurs françaises qui rassemblent notre peuple ? Et pour que mes propos ne soient pas déformés par de quelconques extrémistes, je vais les citer. Liberté, Égalité, Fraternité. Auriez-vous préféré naître en Corée du Nord, en Afghanistan, en Irak, ou dans tout autre pays où la moindre manifestation est matraquée et étouffé dans l’œuf ? Alors, la France pourrait être encore plus belle je vous l’accorde, mais vous savez quoi ? Moi je suis contente d’être née en France. Même si nous avons des choses dont l’Histoire ne peut pas nous rendre très fières, je m’estime chanceuse d’être née dans un pays où règne un État de droit !

 

À ceux qui disent qu’ils fuiront la France si une guerre y éclatait, car ils n’ont pas l’intention de mourir pour ce pays, même si c’est le leur.

À ceux-là, je leur répondrai : Vous devriez partir, car nous sommes en guerre. Nous le sommes depuis quelques années déjà. Mais il était tellement plus facile de ne pas le voir. Il était tellement plus facile de penser que nous étions intouchables. Alors oui, partez, vous ne me manquerez pas. Moi, je resterais. Où irais-je après tout ? La France, c’est chez moi, j’y suis attachée. Je ne suis pas quelqu’un de très courageux ni de très engagé, pour telle ou telle action. Mais je n’ai pas envie d’abandonner mon pays à des lâches qui ne le méritent pas et qui ne veulent que le bafouer.

Je peux profiter des droits français qui ont été obtenus avec beaucoup de batailles et de sang. Les révolutions, les guerres mondiales, les manifestations…nos aïeux se sont battus pour leur patrie, alors qu’ils avaient moins de confort que nous. Comment pourrais-je... comment pourrions-nous nous regarder en face en abandonnant l’héritage qu’ils ont tenté de nous laisser ? Moi, je ne pourrais pas. J’aurais trop honte. Alors oui, je resterais, même si je dois me faire traiter de pauvre naïve où que sais-je encore. Je marcherais la tête haute, et dirai avec fierté : JE SUIS FRANÇAISE, FIÈRE DE L'ÊTRE, ET JE VOUS EMMERDE !

 

Et enfin, à ceux qui profitent de ces durs instants pour rejeter la faute sur les uns ou les autres :

À ceux-là, je leur répondrai : Ne vous trompez pas d’ennemi. Le conflit est au-delà des petites considérations politiques mesquines qui occupent votre quotidien. Je ne prends ni parti pour le gouvernement actuel ni pour ces opposants. Je pense que Daesh, que je ne nommerai pas État islamiste, car cela serait une insulte au terme d’État, est notre ennemi. Il l’est, comme tous ceux qui veulent imposer par la force leur idéologie.  Je suis partisane pour l’éradication de cet ennemi. Oui, je sais, mon propos est bien fort, mais je l’assume pleinement. Toutefois, faut-il pour autant combattre le feu par le feu ? J’ai entendu beaucoup de personnes dire qu’il fallait s’allier à Bashar al-Assad, le président syrien.

Je ne suis pas d’accord !

Pourquoi ?

Eh bien, parce que cela voudrait dire que nous cautionnons les actes de Daesh ! Non, je ne suis pas folle ! Bashar al-Assad est un dictateur qui a tué, que dis-je, massacré 250 000 personnes. Et pour quel crime ? Tout simplement, pour avoir voulu leur « Printemps arabe ». Ces personnes voulaient plus de libertés, elles voulaient de la démocratie. Ces choses nous les possédons de plein droit dans notre pays. Il a gazé son propre peuple. Ce même peuple qui faisait barrage aux fanatiques de Daesh. Ce même peuple qui a vu les rangs de Daesh grossir après que Bachar al-Assad ait fait libérer de prison nombre de ces lâches, pour qu’ils puissent exterminer les opposants au régime. Quand cet homme a demandé de l’aide pour son pays, ce n’était pas pour combattre Daesh, c’était dans l’unique but de faire taire une bonne fois pour toutes ses détracteurs. Et c’est à ça qu’on devrait s’allier pour gagner ? On n’acquiert pas la justice ou la liberté en vendant son âme.

Mais si on pousse plus loin, nous sommes tous responsables de ce vendredi meurtrier. Et quand je dis nous, je ne parle pas que de la France, je parle de toute la communauté internationale, de tous les citoyens de ce monde. Qu’avons-nous fait, à part changer de chaînes quand des personnes innocentes se faisaient tuer en Syrie ? Qu’avons-nous fait, à part détourner le regard, quand des photos nous montraient des corps inertes ayant subi des tortures atroces ? Nous n’avons pas fait de marches, nous n’avons pas hurlé, nous ne nous sommes pas indignez, nous n’avons pas pensé à eux et nous n’avons pas pleuré pour eux. Ni les autres, ni vous, ni moi n’avons pleuré pour ces gens désirant juste un peu plus de droits et de libertés. Je sais bien qu’on ne peut pas revenir en arrière, et qu’avec des « si » on peut refaire le monde. Mais, si chacun de nous avait versé une seule larme pour ces 250 000 âmes, est-ce qu’on n’aurait pas pu éviter de verser ce torrent pour les 129 morts de Paris ?

Je m’en veux, à présent, d’être restée passive face à la souffrance de ces gens, mais c’est terminé aujourd’hui. Alors peut-être que ça n'aurait rien changé, mais peut-être que ça aurait tout changé. Nous ne le saurons jamais, mais j’avancerai en pensant à nos morts, mais pas seulement. Je penserais aussi à tous les pauvres innocents qui luttent chaque jour. Car, une seule larme pour une âme, est-ce trop demander ?

 

***

 

Voilà, j’en ai fini, même s’il y a encore beaucoup à dire. Vous pouvez me dénigrer, vous pouvez m’insulter si ça peut vous soulager, je m’en moque de toute façon. Vos invectives ne m’atteindront pas, et ne m’empêcheront de penser comme je pense. De toute façon, c’est trop tard, j’ai dit ce que j’avais à dire et ne regrette rien.

Mais, si vous êtes arrivés jusque là, je ne vous demanderai qu’une seule chose, et ce n’est pas votre avis sur cet article. Non, je vous demanderai seulement : est-ce que vous avez versé une larme pour ces personnes qui, bien avant les nôtres, sont mortes pour la liberté ou suis-je la seule à ne pas l'avoir fait ?

 

Larme

 

Lydie Confidence Vie Histoire

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